Guillaume Simon

J’avais tellement chaud, je suais des litres, le plafond était bas mais je m’en foutais. Je jouais fort, le magnétoscope tournait lui aussi à plein volume, la cassette était usée, presque démagnétisée. Je soufflais comme un malade mental dans mon saxophone japonais, improvisait encore et encore, cent fois, mille fois, par dessus ce passage, ce concert que j’ai tant aimé au premier étage de la maison de mon enfance, ma salle de jeux, mon “en-haut”, aux antipodes de la grosse pomme. Ce n’était pas toujours beau mais je m’en foutais. La vie n’est pas toujours belle mais elle sonne vrai. Quelques années plus tard, je serrais la main de Michael.

Pendant ce temps, partout où c’est possible, d’autres gamins insatiables brisent les tympans de leurs parents et c’est heureux.

Le petit homme et la mer

Le petit homme et la mer

Shine - Soulful Music
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smoothskies:

Soulful Music || Shine

“Right through
Right through you
Like a brand new
Soulful music”

Quand est-ce qu’on sait ?

Savoir quoi me direz-vous ? Eh bien quand cessons-nous de suivre la ligne ? Quand est-ce que nos armures de raison finissent-elles par se fissurer ? C’est vrai quoi ! J’avais tout prévu, mon discours était affuté et d’une efficacité aussi sincère que redoutable. Je marchais la tête haute les mecs, sûr de moi, les filles faisaient “wow”, les garçons de café parisiens me servaient dans la minute, mon boss tombait malade devant mon aplomb, mon syndic me disait merci, aucun doute, j’avais pris les commandes, direction ce pays où tout est permis, l’égoïsme.

Et puis patatra ! Quoi ? Non, pas moi. Alors là, les gars, vous me connaissez mal, vous ne m’y reprendrez plus, aussi vrai que deux et deux font…combien déjà ? J’écris ce billet, on est dimanche, je viens de terminer mon petit-déjeuner continental (en toute modestie le meilleur de tout Paris), en tête à tête avec une silhouette en pointillés et aux cheveux bouclés. Lui : “Minute papillon, ta panoplie est toujours là, reprends ton envol mon pote, les jupes se soulevaient sur ton passage (dans les bons jours), souviens-toi bon sang !” Moi : “Ta gueule con de diable !” Voilà que j’envoie balader mon meilleur conseil, mon plus fidèle compagnon de ces derniers mois. Guillaume, reprends donc du jambon.

Pendant ce temps, les Coldplay, non contents de nous piquer nos femmes, sirotent les mojitos les plus orgasmiques de l’île, ce filles émoussées de plaisir sur leurs genoux, le cigare au bec. Salauds d’égoïstes.

Le 14 juillet sucks.

Autant vous le dire tout de suite, j’en ai déjà un peu assez de ces premiers réveillons seul, de ces premières teufs seul, de ces matins calmes, de ces trucs drôles qui ne font rire que moi devant mon écran, seul, de ces voyages à faire, seul, de ma porte qui ne ferme pas, de mes failles qui ne se voient pas, de mon coeur qui ne s’ouvre plus, de mes mots perdus, quelque part entre Quimper et Saint-Raphaël, de la ligne 5, du RER B, dans cet ordre, de l’économie mondiale, de mon incapacité chronique à sourire à la pharmacienne, de ne jamais être le roi du bal, de ne jamais réaliser quand je le suis, de m’abandonner à mes humeurs de cyclothymique qui n’a jamais pris un vélib de sa vie, de devoir manger ces infâmes gratins de poissons surgelés, de me demander si l’on pense à moi, de me faire des films, de louer Les Petits Mouchoirs parce que François Cluzet me tue, d’écrire mes angoisses sur ce blog pour avoir l’air d’en être, de traîner sur facebook au lieu de foutre le souk, d’arriver à l’heure aux rendez-vous, de jouer les blasés, et de rater le bouquet final, seul.

Pendant ce temps, Dido, maquillée comme une p…, me surprend comme un enfant égaré au détour d’un refrain, et sans s’annoncer, fait couler cette larme, au coin de mon oeil fatigué. Pouce.

thesepics:

Guillaume “Shine” Simon. Londres 9/10 avril 09.Cette photo-là c’est une peinture. L’ensemble entre la couleur, la position du visage et le flou, me fait penser à certains personnages dans les représentations picturales populaires du 17ème siècle. Comme si cette photo était un détail d’une grande peinture de Georges de La Tour. Cela fait toujours plaisir de citer une référence pareille. C’est pas pour se faire mousser, mais plutôt une sorte d’objectif inatteignable. Il est important d’avoir des objectifs comme cela, tout en sachant que l’on ne les atteindra jamais, cela donne du courage. Car la vérité est que nous sommes dans les escaliers d’un sombre club londonien. Je passe du bon temps avec le groupe “Shine” qui m’ont demandé de les suivre pendant leur trip anglais. Cette photo est comme le tableau “Le tricheur à l’as de carreau” de De La Tour. Ce n’est pas réellement un instant unique, c’est ce qu’il en a fait, c’est ce que nous en faisons tous, c’est notre traduction du réel qui fabrique de l’imaginaire.

thesepics:

Guillaume “Shine” Simon.

Londres 9/10 avril 09.

Cette photo-là c’est une peinture. L’ensemble entre la couleur, la position du visage et le flou, me fait penser à certains personnages dans les représentations picturales populaires du 17ème siècle. Comme si cette photo était un détail d’une grande peinture de Georges de La Tour.

Cela fait toujours plaisir de citer une référence pareille. C’est pas pour se faire mousser, mais plutôt une sorte d’objectif inatteignable. Il est important d’avoir des objectifs comme cela, tout en sachant que l’on ne les atteindra jamais, cela donne du courage.

Car la vérité est que nous sommes dans les escaliers d’un sombre club londonien. Je passe du bon temps avec le groupe “Shine” qui m’ont demandé de les suivre pendant leur trip anglais. Cette photo est comme le tableau “Le tricheur à l’as de carreau” de De La Tour. Ce n’est pas réellement un instant unique, c’est ce qu’il en a fait, c’est ce que nous en faisons tous, c’est notre traduction du réel qui fabrique de l’imaginaire.

Vous souvenez-vous du jour où je suis parti ? Vous souvenez-vous de cette dernière valise fermée avec tout le mal du monde, de nos derniers sourires émus, de vos dernières recommandations entre deux bises ? C’était comment ? Papa, raconte-moi.

Oui, me voilà aujourd’hui sur ce quai, une nouvelle fois…le bagage moins léger mais le coeur y est. Il me portera, je l’ai promis. Je vois déjà la forêt, j’y suis presque. J’aimerais avoir de bonnes nouvelles à vous apporter mais je n’ai que moi…et ma valise.

Pendant ce temps, Tom Rush, le petit garçon moustachu, remercie ses parents. Moi aussi.

Where the fuck are you ?

When I’m falling. When I’m calling. When I’m not talking. When I’m faking a smile. When I’m taking my head in my hands. When I’m posting sad songs in the middle of the day. When I’m getting old quietly. When I’m drinking loudly. When I’m asking too much. When I’m out of the picture. When I’m having lunch. When the dark is coming down. When I’m sleeping on the side. When I’m ready for the big time.

Real friends, where the fuck are you ?

Pour ma fille.

Un jour, tu te souviendras peut-être de ce que je t’ai dit l’autre soir, en te serrant dans mes bras, toi dans ton petit pyjama rayé, moi dans une tenue bien fade à côté. Je t’ai dit  :  “Tu sais, le temps passe si vite que si je cligne 2 fois des yeux maintenant, tu auras 18 ans et tu n’auras plus besoin de moi.” Tu m’as répondu : “Vas-y, cligne des yeux”

Louisa, tu as toutes les émotions du monde dans ton coeur. Tu sais déjà les exprimer, les écrire, les chanter; ça va bientôt faire 8 ans et demi que je te connais, 8 ans et demi que j’apprends, 8 ans et demi que je t’aime, trop, pas assez, tout le temps. J’ai peur pour toi. Je crois en toi. Je te regarde déjà d’en bas, de loin sur ta trotinette rose éclair, tu as déjà tourné au coin de la rue, tu ne t’arrêteras plus désormais, je le sais. Cette fois-ci je t’ai rattrapé, mais pour combien de temps encore ? Combien de temps me laisseras-tu pour t’expliquer ? Combien de temps mettras-tu à me pardonner ? Allez, assez pleuré, bientôt, on montera au 3ème étage de la Tour Eiffel comme je te l’ai promis et on regardera la vie d’en haut, tous les deux, encore une fois. Je t’aime Loulou.

Papou

Pendant ce temps, Zero 7 nous demande de lâcher le volant et de prendre le temps. Je prends !

A patience, patience et demi…

A partir de quel moment exact commence-t-on à attendre ? Avant de savoir quoi, on attend rien, on est bien. Et puis on se met à voir, à sentir, à (re)ssentir, à respirer bruyamment, à macher la bouche ouverte, à crier dans la rue, à sourire aux caissières du franprix, à dire merci, à attendre la vie, à l’entrevoir, à l’effleurer, à la laisser filer, à l’attendre à nouveau, à pester, à taper du pied fort sur le parquet, à gueuler sur ceux qu’on aime, qu’on a aimé, à regretter, à ne pas s’excuser, à apprendre, à reprendre le fil, le fil de l’histoire écourtée, à donner ses tripes, à tout dépenser en fripes, et remarquer le soleil, enfin, illuminer un bout de trottoir mouillé, à remonter son jean gris nuit, à accélérer, à s’en foutre, à compter les poutres d’un toit du marais, à recompter ses erreurs, à avoir peur, ne plus bouger, cheese (!), à courir, à ne pas mourir, à monter dans le bus 96, à descendre à ménilmontant, et à t’attendre.

Pendant ce temps, Piers Faccini ne semble toujours pas faire honneur aux bons petits plats de sa maman mais on s’en fout, on se serre fort autour de la table pour chanter avec eux, en attendant…